Retour sur la participation de deux membres d’ISF à la COP26

La Conférence des Parties (COP) est une réunion annuelle qui a pour objectif de faire avancer les négociations internationales sur le climat. Elle rassemble les négociateur·rices des 196 États signataires de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques ainsi que trois types d’observateurs : (1) les membres des délégations qui viennent en appui aux négociateur·rices, (2) la presse et les médias et (3) les organisations non gouvernementales (dont ISF fait partie).
A Glasgow, la Terre observe les humains discuter de leur survie
Vivien Bourgeon

ISF a envoyé des représentant·es à de nombreuses COP pour lesquelles il n’était pas nécessaire de prendre l’avion pour s’y rendre. Sans illusion sur la capacité de la COP, seule, à enrayer le changement climatique, la présence d’ISF a pour objectifs de :

  • Défendre cet espace de discussion et de prise de décisions mondial dans un contexte où le multilatéralisme est en perte de vitesse

  • Défendre la place accordée à la société civile

  • Créer du lien avec d'autres acteur·rices de la société civile pour effectuer du lobbying auprès des États et participer à des actions de dénonciation de l’inaction climatique

  • Rappeler les limites de l’idéologie scientiste et techniciste toujours trop présente

  • Mobiliser les citoyen·nes par les témoignages des participant·es

Cette stratégie est très bien décrite dans le Zoom « La COP est-elle à moitié vide ou à moitié pleine ? » de l’Alteractif N°90 (1).

Nous nous sommes rendus à la 26ème Conférence des Parties (COP26) qui s’est tenue à Glasgow (Écosse) du 31 octobre au 12 novembre 2021. Notre participation à la COP26 s’inscrivait pleinement dans les objectifs énoncés ci-dessus et évidemment nous avons fait le voyage en train afin de limiter les émissions de carbone liées à notre déplacement.

La COP26 de Glasgow s'annonçait comme la plus grande échéance climatique depuis la COP21 de 2015 qui a abouti à l'Accord de Paris. (2)  Dans cet Accord les États se sont engagés à contenir l'élévation des températures moyennes de la planète nettement en dessous de +2°C, et si possible de +1,5°C, par rapport aux niveaux préindustriels (nous en sommes déjà aujourd'hui à +1,1°C). Si le respect de l’Accord de Paris semble déjà hors d’atteinte, notre principale mission était tout de même d’exhorter les États à tenir et renforcer leurs engagements en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Aux côtés d'autres organisations non gouvernementales, nous avons mis tout en œuvre pour occuper la place accordée à la société civile afin de :

  • Lutter contre les lobbies et les financements des industries fossiles d'une part, et le financement des industries technologiques promouvant du greenwashing d'autre part.

  • Défendre un changement des modes de production, une diminution de la consommation ainsi que le financement des dommages subis par les pays en développement.

  • Revendiquer la prise en compte d'importants parties civiles comme la jeunesse, les femmes et les personnes indigènes dans les problèmes liés au changements climatiques.

Vivien : j’ai pris part à la première semaine de la COP26 et j’ai plus particulièrement suivi les négociations en lien avec les enjeux agricoles. Pour cela j’ai travaillé avec les groupes « Agriculture » de YOUNGO (la constituante qui rassemble les ONG de jeunesse) et de ENGO (la constituante que rassemble les ONG environnementales). La COP26 devait marquer la fin d’un cycle de négociations sur l’agriculture lancé en 2018 (finalement reporté à la COP27). Des négociations compliquées ont eu lieu sur plusieurs sujets tels que l’inscription dans le texte final du mot « agroécologie » et de la nécessité de réduire l’élevage. J’ai participé à la marche pour le climat qui a réuni plus de 100 000 personnes pour la justice climatique. J’ai également participé à une action symbolique qui a consisté à quitter la salle, avec plein d’autres militant·es, au milieu d’une réunion présidée par Alok Sharma (le président de la COP26) afin de montrer qu’au-delà des paroles nous voulions des actes. Je suis évidemment déçu des résultats mais je garde en tête l’émotion de voir un représentant de chaque pays du monde autour d’une même table pour négocier et je suis rentré motivé par les rencontres de militant·es du monde entier qui défendent les mêmes valeurs que moi.

Béatrice : j’ai pris part à la deuxième semaine de la COP26. J’ai suivi les négociations relatives aux sujets des « climate technologies » en regard à mon implication au sein de YOUNGO et plus particulièrement au sein du groupe de travail traitant de ce sujet. La COP26 était attendue au sein de YOUNGO car il était prévu la révision du règlement du conseil d’administration du CTCN (Climate and Technology Center Network), organe de mise en œuvre du mécanisme technologique de la CCNUCC (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques). YOUNGO avait entamé une stratégie conjointement avec la WGC (Woman and gender constituency) afin d’obtenir une extension des membres du Conseil d’administration pour que la représentation des jeunesses et des femmes puissent avoir un siège de manière permanente. En effet, jusqu’à présent, YOUNGO et WGC pouvaient assister aux réunions du Conseil d’administration mais uniquement en qualité d’observateurs. Finalement, les négociations ont permis l’acquisition d’un siège permanent tournant afin qu’à tour de rôle un représentant de YOUNGO et de WGC puisse l’occuper. J’ai également assisté le plus possible aux conférences traitant des sujets technologiques, qui sont des sujets au cœur des négociations. Il est intéressant de considérer les « climate technologies » non pas uniquement sous l’angle de la croissance verte, mais considérant que ce terme inclut également les solutions fondées sur la nature qui comprennent également les solutions s’inspirant des connaissances des peuples autochtones et couvrent un large panel d’actions. Je suis, comme Vivien, déçue des résultats des négociations, bien qu’étant repartie avec cette victoire personnelle d’avoir obtenu un siège pour YOUNGO au sein du CA du CTCN. Cette COP était la première à laquelle j’assistais et cela m’a également provoqué un sentiment partagé entre inertie et effervescence. En effet , le contraste est saisissant entre toute l’agitation et le brassage que les négociations climatiques engendrent et les engagements pris malgré la présence d’interlocuteurs se voulant galvanisant et se disant volontaire. J’avais notamment pu assister au discours de Barack Obama demandant à la jeunesse de transformer sa colère et son sentiment d’amertume en armes pour relever les multiples défis environnementaux et climatiques qui se dressent devant nous. Encore faut-il que cette jeunesse soit écoutée par les autorités politiques et puisse avoir un impact…

Dans l’immense salle où chaque État avait un pavillon pour mettre en avant ses engagements et organiser des conférences, l’ambition était claire : zéro émission nette en 2050 ("net zero 2050"). Les solutions pour y arriver étaient également claires : nouvelles technologies, croissance verte, marché du carbone… La COP26 a d’ailleurs été marquée par l’adoption des règles supervisant les marchés de carbone internationaux qui était attendu depuis plusieurs années. Un symbole résume à lui seul toute cette stratégie : l’exposition d’une voiture de formule 1 électrique en plein milieu du couloir central avec le slogan « Join the race against climate change »(3). Aucune allusion à la nécessaire remise en cause de nos modes de vie ou à la sobriété n’était présente !

En résumé, les résultats sont faibles, les objectifs manquent considérablement d’ambition et les États procrastinent en pensant qu’un miracle technologique va nous sauver. Pourtant selon la dernière évaluation de l'ONU, à la veille de la COP26, les promesses des 196 États mettent la planète sur la trajectoire d’un réchauffement de 2,7 °C d’ici à la fin du siècle (si elles sont tenues)(4), loin de l’objectif de l’Accord de Paris et la première partie du 6ème rapport du Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (GIEC), publiée en août 2021, montre que le chemin pour éviter la catastrophe se rétrécit(5).

Les COP sont nécessaires mais pas suffisantes. Afin de limiter les impacts du changement climatique, elles doivent être couplées à une mobilisation citoyenne massive, à toutes les échelles. Les prochaines COP se dérouleront hors du continent européen, en Egypte en 2022 (COP27) et aux Émirats Arabes Unis en 2023 (COP28) et nécessiteront de prendre l’avion pour s’y rendre. Par conséquent, ISF n’enverra pas de représentants aux prochaines COP mais continuera d’œuvrer en faveur d’une transformation radicale de la société vers plus de justice sociale et environnementale. Chaque dixième de degré de réchauffement évité aura des conséquences positives majeures alors à nous de jouer !

 

(1) Alteractif N°90, juin 2020, disponible en ligne : https://www.isf-france.org/revue/la-cop-est-elle-moitie-vide-ou-moitie-pleine

(2) Accord de Paris sur le Climat, décembre 2015, disponible en ligne : https://fr.wikisource.org/wiki/Accord_de_Paris_sur_le_climat

(3) Traduction : Rejoins la course contre le changement climatique

(4) UNFCCC. Secretariat, septembre 2021, Nationally determined contributions under the Paris Agreement. Synthesis report by the secretariat, disponible en ligne : https://unfccc.int/documents/306848

(5) Climate change 2021: the physical basis, août 2021, disponible en ligne : https://www.ipcc.ch/report/sixth-assessment-report-working-group-i/

2 novembre 2022
par Béatrice COROENNE et Vivien BOURGEON
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